23 juin 2011

La vérité en soi

Voyage au Maghreb en l'an mil quatre cent de l'hégire, Louis Gauthier, Fides, 2011.

Il y a de ces rencontres qui me laissent époustouflée. Des mots, des idées, des conceptions, des sensations que je croise au gré du hasard et qui portent l'écho de ma voix intérieure. Les mots de ma propre quête, bien que celle-ci soit exaltante alors que celle-là semble déchirante. Inutile d'en dire plus, ces mots, sans être les miens, me ressemblent:

« En même temps, je me sentais tout à coup transparent, vulnérable, comme si je n'avais plus, pour cacher mes angoisses, le mystère dont m'entourait la compréhension ou l'usage limité que j'avais d'une autre langue. Maintenant on comprenait tout ce que je disais et si j'étais différent, si j'étais étrange, ce n'était pas parce que j'étais étranger, c'était quelque chose en moi, quelque chose qui m'isolait en m'enfermait en moi, quelque chose que je ne disais pas: je n'étais pas parti pour les mêmes raisons qu'eux. Mais comment leur expliquer pourquoi j'étais parti, à eux qui étaient heureux, amoureux, sans soucis, qui ne se posaient pas de questions, pour qui le monde avait un sens? Comment leur expliquer que j'étais parti parce qu'il me manquait quelque chose et que je ne savais pas quoi? Que j'étais parti parce que je pensais qu'il y avait une autre façon de vivre, d'envisager la vie, et que je ne voulais pas attendre d'être mort avant de la trouver? Comment leur expliquer surtout que je ne savais pas moi-même ce que c'était? J'étais aussi ignorant qu'eux, et c'était cela qui me frustrait le plus, m'irritait et me contraignait au silence, car je ne pouvais rien dire, je ne savais rien, et c'était pour cela surtout que j'étais parti, pour chercher ailleurs la vérité que je ne trouvais pas en moi. »

Je suis tentée d'ajouter un détail de mon cru: parfois, la vérité se trouve bel et bien en soi. Mais on a besoin d'un ailleurs pour en trouver la clé...