20 février 2011

Veine de vie, jamais vaine mort



Charles Théodore Frère, dit Bey Frère (1814-1886)
Caravane traversant le désert d'Arabie
Écrivain: découvreur d'eau, défricheur de territoire. Porteur de mémoire...  « Il y a toujours dans le groupe en marche (en fuite?) un jeune homme à l'esprit délétère qui porte, en plus du poids du ciel affalé sur le désert, une peine supplémentaire — dans les couloirs de sa tête des milliers de battements d'ailes, des pâturages sans limites, des filles aux lèvres fruitières. Il connaît déjà la mer, la vastitude de l'eau dansante et l'écartèlement des rivages. Une solitude l'enveloppe, lui tisse une aura d'étrangeté, l'exclut de la caravane. C'est pourtant à lui de trouver de l'eau, la parole qui revigore, c'est à lui de révéler le territoire — de l'inventer au besoin. C'est à lui de relater l'errance, de déjouer les pièges de l'aphasie, de tendre l'oreille aux chuchotements, de nommer les terres traversées. » 
Tahar Djaout, L'invention du désert, 1987

18 février 2011

Sur les traces de Modigliani...

Modigliani - Film de Mick Davis (2004), mettant en vedette Andy Garcia dans le rôle d'Amedeo Modigliani et Elsa Zylberstein dans celui de Jeanne Hébuterne.

Il y a de ces soirs où les occasions de sorties entre amis ne manquent pas mais où, pour d'obscures raisons, une seule envie nous happe et nous retient, nous laissant sans défense devant l'inévitable: celui de faire un tour au club vidéo du coin afin de louer un film qui saura nous distraire et nous émouvoir. Un petit fast food préféré — en l'occurrence, un shawarma au poulet, n'en déplaise aux copains que je ne surprends guère — et hop ! le tour est joué: parée pour une petite soirée tranquille et bien méritée à la maison.
Jeanne Hébuterne, par Modigliani

Je n'avais jamais entendu parler de ce film, ni même vu la boîte auparavant. Mais Modigliani... Et Andy Garcia... Il m'a semblé qu'il y avait là quelques promesses de beaux moments. Et il y en eut. Quelques-uns. Je ne vous raconterai pas d'histoire, ce n'est pas un grand film. Et on nous avise dès le départ qu'il s'agit d'une oeuvre fictive qui, de surcroît, n'a pas reçu l'appui de la famille. Puis le Paris des années '20, c'est du décor... de hangar. Et les décors... ne sont guère variés. De plus, il ne s'agit pas de la plus prodigieuse performance d'Andy Garcia. Mais assez de négativisme. Tout ça, on s'en fout. Parce que Garcia, il est quand même bon. Vachement bon, même. Il nous dépeint un Modi complexe, tourmenté, hanté par la rudesse de son enfance, par la stigmatisation de l'antisémitisme mais qui sait aussi par moments vivre libéré de la bienséance. Andy-Modi danse avec légèreté, il chante pour inhaler l'inspiration. Andy-Modi sait déceler la beauté dans l'innocence d'un sourire d'enfant ou dans les lignes et les courbes du corps de femmes.




De son côté, Elsa Zylberstein est tout simplement magnifique dans ce rôle de femme passionnément, éperdument amoureuse, qui n'hésite pas à choisir l'Amour charnel et fusionnel de Modi au détriment de l'amour maternel et de ses enfants. Jusqu'à la fin, elle suppliera: « Don't take him away from me »...



Modigliani, Picasso et André Salmon. Photo prise par Jean Cocteau



Finalement, ces artistes du Tout-Paris de l'époque qui gravitent autour de Modi — ou autour de qui Modi gravite —, alcolos, accros au haschich et à l'opium, parfois un peu beaucoup timbrés, souvent au cœur et à l'âme perturbés, eh bien ils sont le sang du peuple; leurs œuvres tiennent lieu de mémoire collective. Alors on y croit, forcément. D'ailleurs, Modigliani, Picasso, Renoir et les autres, ne sont-ils pas déjà légendes, certains sur la voie du véritable mythe? Dans ce contexte, il importe peu que le film reflète l'Histoire. Il lui suffit d'être vraisemblable pour que le spectateur soit comblé.


Toutefois, maintenant qu'une porte sur la vie de cet artiste a été entr'ouverte, je me promets de lire sa biographie. Parce que si le film m'a permis de saisir l'essence d'une vie et d'une époque, je n'ai quand même pas le droit de prendre la fiction pour de la réalité. Et parce que maintenant, je veux savoir...

11 février 2011

Bienheureux soit le corps des femmes



Vénus callipyge


  Que jamais l'art abstrait, qui sévit maintenant
  N'enlève à vos attraits ce volume étonnant
  Au temps où les faux culs sont la majorité
  Gloire à celui qui dit toute la vérité

  Brassens

4 février 2011

Paul Laurenzi (http://laurenzi-paul.fr)



« L'érotisme est l'une des bases de la connaissance de soi, aussi indispensable que la poésie. »

Anaïs Nin
Être une femme et autres essais